Cérémonie des voeux 2019

La cérémonie des vœux ifac s’est déroulée le vendredi 11 janvier 2019 à Asnières-sur-Seine.
La direction générale a ensuite pris la route pour un tour de France des délégations régionales afin d’adresser ses vœux à chacun.

« Cher(e)s collègues

Cher(e)s administrateurs

Cher(e)s ami(e)s,

Je vous prie tout d’abord d’excuser Philippe Sueur, qui a été empêché par une obligation de dernière minute. Il est, je le cite, contrarié de ne pouvoir être avec nous.

Je suis très heureux et honoré de vous accueillir ce soir, pour les vœux d’ifac à l’occasion de la nouvelle année. Depuis deux ans, nous avons décidé de donner un ton un peu plus solennel à ce moment, qui tient à la fois de la courtoisie et de la tradition. C’est la période des vœux pieux et des bonnes intentions, dont nous aurons maintes occasions de nous écarter pour plein de bonnes raisons dès que l’occasion nous sera donnée. Mais l’intention est là et c’est un début. Nous ne sommes pas à l’abri d’être congruents entre nos intentions et nos actes. Pourquoi pas.

C’est d’ailleurs mon premier souhait pour ifac en 2019. Il n’est pas bien différent de celui des années passées. Il faut croire qu’il faut du temps pour donner des fondations aux châteaux dans les nuages. C’est pourtant la clé à la fois de notre crédibilité et donc de notre développement.

Cette maison a du talent, de l’énergie, de la ressource et de la réactivité ; elle a aussi ses résistances, ses habitudes et ses pantoufles. Ce n’est ni une exception, ni une anormalité. Il suffit de se regarder en face et de se le dire. Le pire dans une entreprise comme dans les relations humaines et, pire encore dans la quotidienne relation que nous entretenons chaque jour avec nous-mêmes, est de se mentir, sur nos intentions, sur nos actes et sur ce que nous voulons vraiment.

Je n’appelle personne à se mettre en danger dans des sphères de compétences qu’il ne maîtriserait pas. J’appelle simplement chacun à sécuriser son métier, à le faire pleinement, avec une ambition mesurée autant que maîtrisée. Ce serait déjà tellement important.

Je n’ai pas d’a priori sur la pantoufle. J’ai vu de bonnes vieilles pantoufles faire le tour du monde et s’interroger sur leur avenir. Lentement, mais surement. J’ai vu aussi des chaussures de courses, briller, promettre, bien parler mais s’écraser au premier virage, se déssemeller et se transformer en tongs. Une fois, devenu tongs, pourtant, elles continuent de nous faire croire que la tong cache en son sein une chaussure de course. L’essentiel n’est pas de nous faire prendre pour ce que nous ne sommes pas au fond, mais de faire lentement, surement, pas à pas. Marcher en tongs, en pantoufle, en mocassins ou en basket mais marcher. ifac est d’abord une aventure humaine. Vivons-là, avec nos authenticités, nos vérités, mais sans faux semblants. Il y aura des ratés mais nous connaîtrons aussi des succès.

ifac est un corps social vivant, composé désormais de milliers d’individus qui interagissent. C’est compliqué, forcément. Ça bouscule forcément. Il n’est pas possible d’être en permanence, en résonance avec la vision, les attentes ou les aspirations de chacun. On s’adapte. On fait des compromis. C’est possible, sans se compromettre.

On ne joue pas notre vie non plus. Mais nous avons la responsabilité de la vie des autres ; l’histoire récente nous l’a rappelé dramatiquement. Il faut donc faire notre métier, avec sérieux, avec responsabilité, avec envie.

Les gens qui viennent ici, viennent pour obtenir un service : une formation, un loisir, un diplôme, une chance, un projet. Ils doivent repartir satisfaits et non seulement satisfaits mais avec en germe une nouvelle idée et un nouveau projet.
Cette demande de satisfaction est normale. Qu’ils paient ou non, ils doivent avoir le service pour lequel ils se sont déplacés.
Il ne faut pas voir de démagogie là-dedans ; car nous avons le devoir et l’obligation de fixer des règles, de déterminer des conditions et d’être exigeants pour nous comme pour les autres sur les conditions d’attribution du Bafa, du Bafd, du CAP petite enfance, du diplôme d’auxiliaire de puer ou autres ; tout autant que nous devons garantir à tous, la sécurité et la qualité, partout et en toute circonstance.

Notre validation comme nos actes ou nos propos engagent notre responsabilité :

  • En matière de formation, nous devons diplômer et qualifier des personnes qui seront en capacité de faire leur métier avec sérieux et un bagage minimal acquis. Le reste, ils l’apprendront petit à petit. Quand les stagiaires sortent de l’ifac, ils doivent avoir les compétences pour lesquelles ils ont été qualifiés. C’est une base et une exigence.
  • Pour les actions d’animation, nos usagers doivent rentrer chez eux avec le plaisir d’avoir participé à une activité plaisante, divertissante et construite et avec l’envie de revenir.

Nous pouvons être fiers de ce que nous faisons tous les jours, dans les villes, dans les quartiers, dans les campagnes. Nous gérons près de 500 sites partout en France. Nous accueillons plus de 10 000 personnes par jour. Des bébés, des enfants, des jeunes, des adultes, des anciens. Nous avons mille métiers mais tous ont l’ambition de contribuer à changer la vie.

Prendre notre part, je le dis souvent. Prenez votre part. Vous n’êtes pas investis d’une mission supérieure mais vous avez un rôle majeur : celui de transmettre du plaisir, transmettre de savoir en s’amusant, transmettre des compétences, transmettre des valeurs humaines et sociales, transmettre des gestes nouveaux et des envies nouvelles pour que d’autres ensuite ou avec nous, transmettent à leur tour. L’éducation est la meilleure arme pour changer le monde, utilisez là.

Sur un plan plus politique, vous avez suivi l’actualité ces derniers temps, l’année 2019 va confronter le pays à des questions majeures : sa vision de l’Europe, d’une part, et d’autre part la rénovation de son contrat écologique, économique et social. Les événements récents montrent que la fracture sociale s’est répandue et qu’elle s’est aggravée sur fond d’accumulations fiscales, de crispations identitaires et d’individualisme. Il y a de la désespérance chez beaucoup. Il y a de la désillusion. Il faut l’entendre et la corriger. Il y a de la violence ; elle n’est jamais acceptable, encore moins quand elle cherche à intimider, à imposer, à changer un régime pour un autre. Toutes les révolutions humaines, ont provoqué un changement à la tête du pouvoir. Toujours elles ont imposé par la violence, leurs idées et leur nouvelle autorité. Elles ne se sont jamais occupées des peuples. Or, faire société ou changer les choses, ce n’est pas opposer les uns aux autres, c’est essayer de trouver le bon compromis pour que chacun prenne et trouve sa place. Un compromis, ça signifie que personne n’obtient tout ce qu’il veut mais qu’il en a parfois un bout.

Comment penser l’Europe, quand le quotidien devient compliqué ? Pourtant, l’Europe est le premier garant de la paix sur notre continent. Je ne parle pas de l’Europe qui décide de la taille des noyaux de cerise, celle-ci est une caricature, mais de l’Europe, en tant qu’espace social, de liberté, d’échanges et de paix. Celle-ci mérite que l’on se batte et que nous en fassions la connaissance. La solution n’est jamais dans le repli sur soi et l’isolement ; elle est toujours dans le partage d’un projet, d’une ambition, d’une difficulté.

Comment penser le lien social, quand certains manquent ou quand d’autres s’envient ? Prendre aux riches, exploiter les pauvres, il faut toujours prendre à Pierre pour habiller Paul. Est-ce la seule solution ?

Comment penser la Nation, quand collectivement, nous oublions que nous sommes l’un des pays les plus égalitaires du monde ? Le plus égalitaire, assurément, en matière d’éducation, de santé, de protection sociale et d’écologie. Nous sommes aussi le pays le plus fiscalisé. Notre pays est en proie au doute et surement à la croisée des chemins. Il ne nous appartient pas de décider, d’autres ont été élus pour ça et d’autres encore aspirent à l’être.

Mais, dans notre métier éducatif, nous avons à prendre en compte ses grandes données aussi psychologiques que sociologiques, pour créer toujours les conditions d’une écoute active autant qu’attentive, de l’échange et du dialogue. La solution se construit toujours avec les gens, toujours. Ensuite, il appartient à certains de décider, d’arbitrer. Je peux vous assurer que ce n’est pas toujours simple.

Voir loin et agir près, c’est une maxime politique à tenir pour réconcilier le pays avec lui-même et que chacun y trouve sa juste place.

A l’échelle de notre action, bien modeste, nous avons à relever ses défis. Nous le ferons avec une volonté éducative affirmée et une formule simple : prendre notre part. Par exemples :

  • Faire par des gestes écologiques simples des petits pas significatifs, citoyen de la planète.
  • Contribuer à la connaissance des cultures pour le respect de la diversité, citoyens du monde.
  • Affirmer les valeurs de la République et s’intéresser à ce continent séculaire et moderne qui doit préserver la paix entre les nations et la libre-circulation, citoyen d’une France inscrite dans l’Europe.
  • Enfin, citoyen-ne de chaque jour, près de chez soi, actif dans sa ville, connecté à ses voisins et à son environnement.

Dans ces poupées citoyennes se tient notre projet éducatif et social, en se donnant pour obligation d’être congruent, efficace et reconnue.

Je vous souhaite une bonne et heureuse année 2019. Prenez soin de vous et de vos proches. Prenez du temps pour vous. Profitez les uns les autres. Contribuez de votre place à changer d’abord vos habitudes, qui peut être, mises bout à bout changerons le monde, et je pense en particulier au climat, ce terrible défi. Aimez-vous. Partagez. Comme assurément, 2019 portera des joies et des peines, de la légèreté et de la gravité, qu’elle vous soit la meilleure possible. Faites du mieux que vous pourrez.

Martial Dutailly »