La nature en chantiers … et en solidarité !

C’est à 23 ans et après des études supérieures menées en écophysiologie et écotoxicologie que Gwendoline Gouchet a décidé de s’engager comme volontaire en service civique. Hier, c’était son dernier chantier de l’année, l’occasion pour elle de revenir sur cette expérience. Mêlant biodiversité et milieu carcéral, suivons le récit de cette volontaire énergique, dans ses missions et la construction de son projet, avec le soutien de l’association "Les Blongios".

Mission

Mon service civique de 10 mois est réparti en deux missions, pour deux structures partenaires.
La première, au sein de l’association Lilloise « Les Blongios, la nature en chantiers », consiste à travailler sur ce qu’on appel les projets participatifs de territoire. Ce sont des projets qui permettent aux habitants d’une commune de se réapproprier un espace de nature par le biais de la concertation et des chantiers. Ces derniers visent à protéger et/ou restaurer la biodiversité tout en impliquant les citoyens sur des actions concrètes. Cette démarche a également pour but de faire en sorte que les riverains se sentent concernés et donc s’investissent à côté de chez eux pour améliorer leur quotidien, mais aussi de créer du lien social.
La deuxième consiste à promouvoir les primes au bénévolat nature dans l’ancienne région Nord-Pas de Calais, pour la Fondation Nicolas Hulot.

La naissance d’un projet qui fait sens

Dans le cadre de ce service civique, j’ai eu l’opportunité de monter le projet personnel de mon choix, à savoir réaliser quelque chose qui me tient à cœur, tout en étant aidé et soutenu par les membres de l’association « Les Blongios ».

Le terrain et les suivis naturalistes me manquaient un peu suite à mes études, j’ai donc sauté sur l’occasion pour réaliser quelque chose qui me passionnait : allier chantier nature et suivis scientifiques au monde carcéral.
Les détenus en phase de réinsertion dans la société, ou emprisonnés pour des peines légères, sont le public visé en particulier dans ce projet, car ce sont des citoyens qui ne connaissent pas vraiment l’environnement. Etant novices de la biodiversité qui les entoure, leur participation au projet ne peut qu’être bénéfique et si ce n’est les sensibiliser, au moins les inscrire dans une démarche d’apprentissage, d’échange et de partage. Cela permet aussi à ces personnes de sortir de leur monde pour un temps donné, de s’intéresser à quelque chose de nouveau et de très différent, ainsi bien sur que de s’aérer.

Suite aux conseils et contacts d’une autre association naturaliste de la région « Les planteurs volontaires », j’ai pris contact avec la maison d’arrêt de Douai. Cette dernière m’a introduit aux membres du Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation (SPIP) et le projet s’est monté très rapidement. Nous avons et continuons à travailler sur les terrils des Pâturelles et de l’Escarpelle à Roost-Warendin, en collaboration avec notre partenaire, le Conseil Départemental du Nord. Nous avons effectué des chantiers nature tels que de la coupe de fourrés de bouleaux et de plantes invasives type buddleia et Renouée du Japon, pour rouvrir les milieux et préserver les espèces floristiques patrimoniales ainsi que les espèces faunistiques associées. Des balades découverte, nature ou histoire et patrimoine, ont également été réalisées sur le terril des Pâturelles (plantes, libellules, amphibiens) et sur le terril du 11/19 à Loos-en-Gohelle avec le CPIE Chaîne des Terrils (plus haut terril d’Europe). Un partenariat pourrait potentiellement voir le jour entre les Blongions et les Planteurs volontaires si des financements sont trouvés, ainsi qu’une étendue de la démarche à d’autres maisons d’arrêt du Nord – Pas de Calais.

Monter un projet avec des maisons d’arrêt est donc possible ! Voici quelques clés à connaître pour se lancer.

Identifier le bon partenaire

Tout d’abord il faut cibler une prison qui se trouvera à moins de 45 minutes maximum de votre lieu de chantier/sortie/découverte. En effet, les déplacements se font sur la journée mais sur des créneaux assez court (9h-12h/13h-15h30) parce que le/la juge signe des autorisations de sorties sur des heures précises. Aucune sortie ne peut être effectuée le weekend, la nuit ou lors des vacances scolaires car les membres du SPIP ne travaillent pas à ces périodes.

Le SPIP, Service Pénitentiaire de Probation et d’Insertion, est un service de l’administration pénitentiaire que l’on trouve dans chaque département. Il assure le contrôle et le suivi des peines exécutées en milieu ouvert et en milieu fermé. La mission essentielle du SPIP est la prévention de la récidive notamment à travers la réinsertion sociale. C’est le lien qui permet d’accéder au monde carcéral. Sans eux il devient difficile, voire impossible, de monter ce type de projet (sauf si vous collaborez avec une autre association qui travaille déjà avec une/des prison(s), afin de vous introduire dans le milieu). Tout est dépendant de l’envie et de la motivation des membres du SPIP ou des juges. Le SPIP n’a pas d’argent par contre, donc il faut trouver des subventions ailleurs ou être bénévole pour encadrer et déjà posséder des outils.

Les délais

Si les membres du SPIP sont volontaires et intéressés par le projet, tout devient plus facile, mais il reste encore le frein du juge. Certains vont avoir peur de prendre des risques en laissant des détenus participer à des chantiers alors que d’autres vont se déplacer pour observer, voire même participer !
Il faut prévoir un délai d’un mois minimum pour une sortie en extérieur ou intérieur et faire parvenir au juge d’application des peines une fiche descriptive du chantier.

Nombre de participants

Seuls les détenus de courtes peines (inférieures à 3 ans) ayant déjà des droits de visite à leur famille sont autorisés à participer aux chantiers. A la moindre infraction ou bêtise de leur part, leurs sorties leur sont retirées automatiquement. C’est donc une réelle motivation à se tenir à carreaux, qui aide énormément les encadrants et surveillants pénitentiaires.
Les sorties s’effectuent en groupe de 4-6 détenus en général auxquels s’ajoutent deux accompagnateurs du SPIP et un surveillant pénitentiaire.

Les bénéfices de l’action

Le plaisir de faire des chantiers avec des détenus est immense puisqu’ils sont très volontaires, motivés et heureux d’être là et de sortir. C’est un partage réciproque également car on en apprend beaucoup sur le monde carcéral à leurs côtés. Ils abattent beaucoup de travail car ils ont besoin de se défouler et ne lésinent pas sur les tâches.
A la fin de la journée, le plaisir se lit dans leurs yeux et ils en redemandent !
C’est également un bonus pour les membres du SPIP car ça leur permet de dialoguer avec leurs détenus en sortant du contexte « enfermé entre 4 murs ».

Témoignage d’une journée typique

Chantier
Nous avons coupé du buddleia, espèce invasive et envahissante, toute la matinée, dans le but de rouvrir le milieu et d’ainsi laisser la place au développement des espèces locales.
La tâche était fatigante et fastidieuse dû à la forte pente et au terrain très glissant de ce terril. Pendant que certains coupaient, d’autres se sont mis en chaine pour exporter les branches en faisant de nombreux allers-retours. Les détenus, très demandeur de travail, se sont révélés infatigables et il a même fallu en arrêter certains très assidus.

Repas
Le midi pour notre pique-nique nous avons eu le plaisir d’être accueillis par la ferme des Vanneaux. Après un repas bien mérité nous avons pu visiter la ferme pédagogique pour voir les serres végétales, mais aussi des poules, des canards, des paons, des ânes, des chèvres, des béliers et tout plein d’autres animaux.

Balade et suivi
L’après-midi nous avons poursuivis par une balade découverte faune/flore sur le terril des Pâturelles.
Malgré le temps, nous avons réussi à observer des libellules (Agrion élégant, Pennipatte bleuâtre ou Agrion à larges pattes, Agrion jouvencelle et Libellule à quatre tâches), des Bourdons des champs, une Grenouille rousse, des Grandes loches (limaces carnivores) mangeant des vers de terre, des chenilles, des Hérons, des grands Cormorans et autres oiseaux communs des zones humides.
Nous avons aussi découvert un peu la flore de ce terril avec les Bouleaux, les Chênes, les Sureaux, les Merisiers, le Géranium sanguin…
Léa, en plus de nous faire une visite explicative du site, nous a expliqué l’intérêt des chandelles (arbres morts laissés debout sur pieds) pour la biodiversité. En effet, de nombreux invertébrés xylophages (qui mangent du bois) saprophytes (qui mangent de la matière morte en décomposition) se nourrissent des ces chandelles et y creusent des cavités pour pondre. Ces dernières sont également utiles pour les oiseaux qui viennent parfois nicher dans les trous qui se trouvent à leur sommet.
Les détenus, pour la plupart finalement déjà un peu sensibilisés à l’environnement de par leurs activités ou par leur métier (contrairement à ce que j’avais pensé au tout début du projet), se sont investis dans la recherche et la détermination des libellules et autres animaux et ont posé de nombreuses questions intéressantes sur la biodiversité.